Paris, Toulouse-Lautrec et Montmartre: Destins entrecroisés. Guide et annuaire, tourisme, shopping, loisirs, France - Bienvenue à Paris !

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Toulouse-Lautrec et Montmartre: Destins entrecroisés

On associe parfois naturellement une personne à un lieu, et l’exemple parfait de ce type d’association nous est donné avec Henri Marie Raymond de Toulouse-Lautrec-Monfa, et le quartier de Montmartre. Henri de Toulouse-Lautrec est né en 1864 de l’une des plus anciennes familles de la noblesse française. Quatre ans plus tôt, la commune de Montmartre était intégrée à la ville de Paris. Par ses racines très anciennes, la commune peut aussi se prévaloir d’un beau pedigree, et du respect des hommes en tant que probable sépulture du martyr Saint-Denis.



Toulouse-Lautrec semble avoir toujours fonctionné à contre courant. Si, dès l’enfance, il mena la vie classique d’un jeune noble, il était d’une nature expansive et rieuse, et griffonnait en permanence des cahiers de dessin, capturant au vol les mouvements et les expressions de son entourage. Mais cet enfant très vif eut, à son adolescence, de graves problèmes de santé : les os de ses jambes, fragilisés par la maladie, se brisèrent, et stoppèrent définitivement sa croissance. Henri devait rester un homme de petite taille (1,50m). La Butte Montmartre, elle aussi, était et reste fragile : elle est truffée de galeries souterraines, creusées au fil des siècles par les hommes à la recherche de gypse. Et lorsqu’aux XIXème et XXème siècles, on ajouta des pavés aux routes de Montmartre, le sol s’effondra en de multiples endroits, engloutissant arbres, maisons et habitants.


Lautrec venait d’un certain monde, mais il était attiré par un autre. Il laissa derrière lui les conventions et les bonnes manières d’une famille bien établie à Albi, dans le sud de la France, et monta à Paris pour y étudier l’art. De son côté, Montmartre aussi, subit des changements radicaux au cours de son histoire. A ses débuts, le village était un lieu saint et un vignoble. Mais à l’époque où Toulouse-Lautrec s’y établit, le village changea profondément. Les faibles loyers pratiqués, la magnifique vue sur les toits de Paris, et sans doute l’esprit rebelle de ses habitants (on se rappelle que Montmartre servit de refuge aux révolutionnaires du XVIIIème siècle, et fut à l’origine de la Commune de 1870), tout cela attirait les artistes de toute origine, qui venaient y installer pinceaux et chevalets.


A Montmartre, Lautrec se lia d’amitié avec Emile Bernard, peintre et écrivain. Il rencontra Vincent Van Gogh, ami auquel il resta fidèle, même lorsque le caractère irascible de Van Gogh l’isola peu à peu du reste du monde. Lautrec réalisa un portrait de Van Gogh, fait de brillances jaune et bleu. A Montmartre, Lautrec rencontra beaucoup de femmes. Parmi elles, il s’éprit de Suzanne Valadon, jeune artiste talentueuse, et forte tête. Leur relation passionnée fut orageuse. Elle ne dura pas. Toulouse-Lautrec comptait aussi parmi ses amis le chanteur Aristide Bruant. A cette époque, la voix de ce chanteur populaire résonnait dans tous les cabarets de Montmartre. Il racontait les histoires du petit peuple, des pauvres, des artistes et des marginaux. Toulouse-Lautrec réalisa une série d’affiches publicitaires pour les spectacles de Bruant. Ces affiches peu conventionnelles révolutionnèrent les arts graphiques. Il osa montrer le chanteur dans des poses très inhabituelles, allant jusqu’à le présenter de dos, face à une foule invisible. De même il figea dans leurs mouvements les danseurs et artistes du Moulin Rouge, comme La Goulue, surnom donné à cette artiste qui vidait les verres laissés sur les tables, Valentin le Désossé, un danseur si souple qu’il semblait être fait de caoutchouc, ou encore Jane Avril, danseuse de French Cancan à l’expression si grave et parfois émouvante. C’était Montmartre, ce mélange d’artistes bizarres, excentriques et souvent attachants.


Comme les artistes qu’il peignait, Lautrec était bien loin des conventions de son époque. Les descriptions étonnantes qu’il fit de la vie quotidienne dans les dancings et maisons closes peuvent surprendre, aujourd’hui encore, plus de cent ans après leurs créations. Sur ces peintures et dessins, les traits sont nerveux, et les images parfois inachevées. Les torses et visages sont souvent dénués de toute couleur, ou simplement marbrés, comme si le raffinement ici n’avait pas sa place. De fait, Lautrec dessine le mouvement, l’instant immédiat, la frénésie du cancan, le saut en l’air du trapéziste, la course de chevaux ou de cyclistes.


Avec ses boîtes de nuit et ses cabarets, ses bordels et ses artistes insomniaques, Montmartre était un lieu sans sommeil. Même fatigué ou éméché, Toulouse-Lautrec restait toujours en éveil, aux dires de son entourage. Naviguant entre les brumes de l’absinthe dont il était un grand consommateur, il observait son entourage avec acuité, et figeait peu après, sur papier ou sur toile, les gestes et mouvements qui l’avaient marqué. Regardez un portrait réalisé par Lautrec, et observez à quel point il fige ses personnages dans l’instant : la jambe de La Goulue, perdue dans les froufrous de ses jupes, la clownesse Chao-Kao revêtant calmement son costume avant de passer sur scène au Moulin Rouge, etc.


Lautrec aimait rire et plaisanter. Il faisait des caricatures des autres et de lui-même. Il se moquait de chefs-d’œuvre conventionnels comme Le Bois Sacré de Puvis de Chavanne, reproduisant l’œuvre entière en y ajoutant ses amis, et lui-même, petit, les jambes arquées, urinant dans l’herbe. Aujourd’hui, à travers certaines de ces toiles humoristiques, il passe pour un précurseur de mouvements artistiques ultérieurs, tels que le Dadaïsme, par exemple.


Attiré plus que de raison par les prostituées, Lautrec passait souvent plusieurs mois avec elles, observant leurs faits et gestes au quotidien. Ses peintures décrivant la vie dans les maisons closes ne sont pas des modèles de l’érotisme de la Belle Époque, loin de là. Elles comptent plutôt parmi les œuvres les plus humaines et les plus touchantes qui nous restent de cette époque. Sur la fin de sa vie, les infirmités de Lautrec n’avaient plus rien à voir avec son apparence physique, elles étaient d’ordre intérieur, tout comme ces galeries souterraines qui fragilisent le sous-sol de la Butte Montmartre. L’alcool et les excès de toutes sortes lui firent perdre la raison au point d’être admis à plusieurs reprises en hôpital psychiatrique. Finalement, en 1901, à l’avènement du nouveau siècle, il mourut à l’âge de trente-sept ans.


On a coutume de situer entre 1871 et 1914 les années de la Belle Époque, l’âge d’or de Montmartre. Soit environ quarante ans, le temps d’une courte vie comme celle de Toulouse-Lautrec. Lors d’une promenade dans les rues escarpées de Montmartre, ou d’un regard sur l’une des œuvres de Lautrec, vous revivrez peut-être, un court instant, cette Belle Epoque. C’est la chance que nous vous souhaitons.


Rédaction Chicline

Informations pratiques
Adresse :Butte Montmartre
Quartier :Montmartre - Sacré Coeur
Code Postal :75018
Ville :Paris
:
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