Mercredi 19 nov. 2008 14 h 59 Heure de Paris | Consulter > Annuaire de Paris > Visite de Paris > Curiosités > Da Vinci Code envoyer cette page à un(e) ami(e) La Joconde, ou les tribulations d’une immense œuvre d’art au sourire éternel La Joconde, La Gioconda, ou encore Mona Lisa, comme l’appellent respectivement nos amis italiens et anglophones, illustre la couverture des nombreuses éditions du roman Da Vinci Code. Et pour cause : cette œuvre d’art y joue un rôle de premier plan, et ce, dès les premières pages. Mais la véritable histoire de cette peinture, qui regorge de coups de théâtre, d’intrigues et de mystères, ressemble à s’y méprendre aux scénarios des meilleures fictions populaires.
| Léonard de Vinci réalisa la Joconde entre les années 1503 et 1509. Comme le veut la légende, il aimait tant cette peinture qu’il l’emportait avec lui dans tous ses déplacements, comme ce fut le cas lorsqu’il répondit à l’invitation du roi François 1er en 1516. Pourquoi Léonard de Vinci appréciait-il autant ce portrait ? De nombreuses théories ont tenté et tentent toujours d’expliquer l’attachement du maître pour cette toile. Une chose est sûre : La Joconde représentait déjà à son époque une véritable révolution artistique. Quelques décennies plus tôt, en Italie, démarrait le mouvement culturel et artistique de la Renaissance, et avec lui, cet amour du classicisme, de l’équilibre et des justes proportions. Les milliers d’œuvres d’art de cette époque témoignent de cette recherche permanente de la beauté, comme le montre par exemple La Naissance de Vénus, ce magnifique tableau de Botticelli. Il reste que la plupart de ces œuvres étaient tout de même empreintes d’une certaine raideur, montrant une beauté idéalisée en somme, qui les tenaient encore à distance de toute vie apparente. | | Avec La Joconde, Léonard de Vinci expérimentait une technique picturale totalement nouvelle, pour produire des effets d’ombre et de voile extrêmement sophistiqués, atténuant les contours du sujet au profit de douces transitions chromatiques. Cette technique vraiment révolutionnaire et couramment appelée le sfumato, (“enfumé” en italien), fut souvent approchée mais jamais égalée. A sa mort, Léonard de Vinci emporta avec lui son secret. Pour parfaire sa connaissance du corps humain, Léonard de Vinci alla jusqu’à observer des cadavres en cachette, l’Eglise de l’époque interdisant les autopsies. Cette observation lui permit d’affiner encore sa traduction picturale de certaines caractéristiques du corps humain, comme on peut le voir sur ce tableau, avec sa transcription des veines des mains et de texture de la peau. Mais pour donner à son modèle cette impressionnante illusion de vie, il ajouta à ces techniques nouvelles des angles soigneusement choisis, et des proportions s’appuyant sur le fameux nombre d’or et d’autres ratios géométriques couramment employés à cette époque. La Joconde constituait aussi en son temps une nouveauté pour le choix du paysage qui illustre le fond du tableau. Car ce paysage minéral et aquatique, que certains qualifient même de « lunaire », ne correspondait à aucun lieu en particulier. Or, à cette époque, les portraits et toiles narratives, y compris celles évoquant des sujets mythologiques ou religieux, présentaient des paysages existants réellement pour illustrer les arrières plans. Là encore, le maître Da Vinci apportait de nouvelles idées et perspectives dans son approche de la peinture. | | Mais la caractéristique la plus surprenante du tableau reste sans aucun doute le sourire énigmatique de la Joconde … ou bien, au contraire, son absence de sourire.
Personne ne connaît vraiment la signification de l’étonnante expression du visage de cette femme. Se retient-elle de sourire devant les pitreries des musiciens et des clowns dont le maître aurait loué les services pour détendre son modèle pendant la pose ? Son sourire vient-il de cette facétie du maître, qui se serait peint lui-même en femme, étayant cette idée de l’union sacré du masculin et du féminin largement développée dans le roman de Dan Brown ? Ou bien plus prosaïquement, ferme t’elle ses lèvres pour cacher une dentition imparfaite ! Il ne s’agit là bien sûr que d’une infime partie des innombrables interprétations qui tentent, depuis des siècles, de lever le voile sur le mystère de cet énigmatique sourire. | | Et qui était cette femme qui servit de modèle pour la Joconde, si l’on écarte la thèse de l’autoportrait ? Beaucoup de gens sont persuadés qu’il s’agissait de Lisa Gherardini, épouse d’un marchand de soie florentin, Francesco del Giocondo, dont le nom fut repris en français et italien (Joconde et Gioconda) pour désigner le tableau.
Mais ce qui compte au final est le tableau lui-même. Les mystères qui l’entourent ne font qu’ajouter à la fascination qu’il suscite. Fascination qui, comme le déclara un contemporain de Vinci, vient de cette étrange impression que l’on éprouve à sa contemplation, comme si l’on regardait une peinture vivante, dont on guette le moindre geste ou la moindre respiration. | | Malheureusement, peu de personnes peuvent se permettre aujourd’hui une étude aussi minutieuse du tableau. Car depuis le studio de peinture de Léonard de Vinci en Italie, la Joconde suivit au cours des siècles passés un long périple qui l’amena à Fontainebleau puis à Versailles, puis à l’ancien palais du Jardin des Tuileries, et enfin au Louvre qui l’accueilla au XIXème siècle, et dans lequel elle se trouve aujourd’hui encore, protégée par un épais coffrage de verre résistant à l’épreuve des balles et de toute autre déprédation potentielle ! Chaque jour, des visiteurs du monde entier se pressent devant elle par milliers pour l’admirer et tenter de percer son mystère. La châsse de verre qui protège la Joconde vise aussi à lui éviter toute décoloration de ses pigments du fait des milliers de flashs photographiques qui l’assaillent au quotidien. Le tableau baigne dans une atmosphère climatisée pour une meilleure conservation du bois sur lequel elle est peinte, et pour lui éviter toute chaleur ou humidité excessive. Accessoirement, le coffrage de verre la protège aussi contre toute nouvelle tentative de vol. | | Car oui, la Joconde a bien été volée une fois du Louvre. Cet événement peu connu aujourd’hui a pourtant défrayé la chronique au moment des faits un matin d’août 1911. Les théories abondèrent pour expliquer ce qu’elle avait bien pu devenir. Certains supposèrent l’implication des anarchistes, très actifs au début du XXème siècle à Paris. De nombreux artistes se réclamaient à leur manière du mouvement anarchiste, comme ce fut le cas par exemple de Marinetti, artiste italien du mouvement futuriste, et qui déclara un jour : “ Une automobile rugissante, qui a l'air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace”. C’est ainsi que beaucoup d’enquêtes se focalisèrent sur le monde de l’art pour identifier des suspects éventuels. L’enlèvement de la Joconde pouvait-il correspondre à une action d’éclat d’artistes engagés, déterminés à affirmer haut et fort que les conceptions anciennes sur l’art se devaient d’être renversées pour laisser place à de nouvelles ? Et qui, dans ce domaine, pouvait-on soupçonner de mieux qu’un artiste ultra avant-gardiste comme Pablo Picasso ? | | Lui et son ami, le poète Guillaume Apollinaire, était fascinés par la collection d’œuvres d’art africaines et tribales du Louvre. Heureusement pour eux, le niveau de sécurité du musée en ce début du XXème siècle était particulièrement médiocre. Le secrétaire d’Apollinaire arrivait assez souvent à voler quelques petites sculptures pour le compte de son employeur ! A ce sujet, Picasso aurait aimé plaisanter à ce sujet, déclarant , “je vais au Louvre. Avez-vous besoin de quelque chose ?”. Soupçonné dans un premier temps, Picasso fut assez rapidement innocenté, mais son ami Apollinaire n’eut pas cette chance, et ce n’est qu’après un séjour de quelques jours en prison, qu’il fut finalement lavé de toute soupçon. Mais la Joconde restait introuvable. L’affaire prenait de l’ampleur, les journaux en faisaient leurs gros titres. Les gens se prenaient même à imaginer qu’Arsène Lupin, le fameux “gentleman cambrioleur”, héro d’une fiction populaire de l’époque, fût le responsable de ce vol. | | Deux ans après le vol, le responsable du musée des Offices de Florence reçut un étrange message d’un homme indiquant qu’il détenait la Joconde. Des tests d’identification du tableau confirmèrent son authenticité. L’entrevue organisée entre les deux hommes conduisit finalement à l’arrestation du malfaiteur qui passa rapidement aux aveux. Le voleur s’appelait Vincenzo Perrugia, peintre vitrier italien qui travailla au Louvre. Il indiqua qu’il avait volé la Joconde parce qu’il voulait la restituer à l’Italie, pays qui, selon lui, en avait été dépossédé. Bien qu’une partie des collections du Louvre ait en effet provenue de butins de guerre, ce n’était pas le cas du tableau de la Joconde, qui avait été acheté par François Ier à Léonard de Vinci lui-même, après que celui-ci ait séjourné plusieurs années à Amboise, sur invitation du roi. | | Peruggia fut donc jugé pour ce forfait, et condamné à un an de prison ferme. Durant son procès, il décida de se défendre lui-même, et le fit avec un tel brio et une telle éloquence, que nombre de femmes tombèrent amoureuses de lui, au point de lui envoyer régulièrement des gâteaux et des cadeaux dans sa prison. Bien qu’il n’eut pas de raison d’en tirer une quelconque fierté, Peruggia marqua tout de même un point, car il fut décidé que la Joconde resterait quelque temps encore en Italie, afin de permettre au peuple italien d’admirer ce chef d’œuvre créé plus de trois siècles plut tôt par un de leurs compatriotes. Puis, la Joconde regagna le Louvre, où la sécurité fut cette fois renforcée. | | Mais l’aventure rocambolesque de la Joconde devait se poursuivre. En 1956, son existence même fut menacée lorsqu’un illuminé jeta sur elle de l’acide, endommageant une partie basse du tableau. Quelques mois plus tard, une autre personne essaya de la détruire en lui jetant violemment une pierre, déchirant quelques fragments de peinture au niveau de son coude gauche. La Joconde surmonta ces fâcheuses mésaventures, et put être correctement restaurée. De décembre 1962 à mars 1963, elle quitta même le Louvre pour gagner Washington et New York. En 1974, elle fut envoyée aussi à Moscou et Tokyo.
De retour au Louvre, elle gagna cette fois un nouvel espace, créé spécialement pour elle, et fut installée dans une enceinte offerte par le gouvernement Japonais. Elle est aujourd’hui visible de tous et en toute sécurité … pour autant l’on puisse se frayer un chemin dans la foule quasi-permanente qui se presse chaque jour devant elle. | Rédaction Chicline Informations pratiques A proximité Consulter > Annuaire de Paris > Visite de Paris > Curiosités > Da Vinci Code |
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