Dimanche 23 nov. 2008 16 h 07 Heure de Paris | Consulter > Annuaire de Paris > Visite de Paris > Informations > Paris, Île-de-France > Paris > Quartiers envoyer cette page à un(e) ami(e) L’histoire agitée de Saint-Germain-des-Prés On a peine à imaginer aujourd’hui que Saint-Germain-des-Prés, quartier situé au cœur même de Paris dans le 6ème arrondissement, fut d'abord un espace en friche, couvert de "prés", situé à la périphérie de la capitale. La véritable naissance du quartier se produisit au 6ème siècle, à l'arrivée au pouvoir de la dynastie des Mérovingiens, soit bien après la conquête de Lutèce par les Romains. Clovis était le premier roi de France. Mais c'est sous le règne de son fils, Childebert Ier, que tout commença.
| Childebert n'était pas un homme parfait, loin s'en faut : il fut soupçonné de l’assassinat de ses deux jeunes neveux pour s’emparer du trône. Mais il avait à ses côtés un homme sage, un certain Germain, évêque de Paris. Celui-ci lui suggéra de faire construire une église et un monastère dans les champs situés à l’ouest de la ville, dans le but d'y créer un lieu de sépulture de sa dynastie. L'église servirait aussi de lieu de conservation des saintes reliques que Childebert avait rapportées lors d’une bataille en Espagne. Lorsque Germain mourut en 576, sa dépouille fut enterrée ici, et l’église Sainte-Croix et Saint-Vincent fut naturellement rebaptisée Saint-Germain-des-Prés en l'honneur du saint homme. | | En plus de contenir les saintes reliques et le corps d’un saint homme, cette église avait une particularité qui ajoutait à sa singularité : elle était coiffée d’un toit de bronze, caractéristique unique à l’époque parmi les églises de Paris. Malheureusement, l’invasion des Normands au IXème siècle fit disparaître en grande partie l’église Saint-Germain-des-Prés et son abbaye. Il en resta tout de même quelques ruines, mais l’église ne fut pas reconstruite avant l’an 1000, et cette fois sans son toit de bronze. En dépit de ces vicissitudes, l’influence de l’église et de son monastère continuait de croître. Elle atteignit son apogée au 17ème siècle, lorsque des bénédictins Mauristes firent de l’abbaye un centre de rayonnement intellectuel. Au fil des siècles, le quartier situé tout autour de l'église conserva un rôle prépondérant dans le développement d'activités intellectuelles et artistiques. | | En 1635, par exemple, le Cardinal de Richelieu, puissant Ministre de l’Etat, fonda l'Académie française, célèbre institition qui, par la suite, s'installa à l’extrémité nord de ce quartier, face à la Seine. Ce qui n'était à l’origine qu'une école, devint par la suite un lieu de réunion des plus grands experts académiques du royaume, pour débattre de leurs sujets favoris. Car depuis 1635, quatre autres académies ont rejoint l'Académie Française en un seul et même lieu, l'Institut de France : l’Académie des inscriptions et belles-lettres(1663), l’Académie des sciences (1666), l’Académie des beaux-arts (réunissant l’Académie de peinture et de sculpture, fondée en 1648 par le Cardinal Mazarin, l’Académie de musique, et l’Académie d’architecture), l’Académie des sciences morales et politiques (1795). | | Aujourd’hui, l’Académie Française, la plus connue de ces cinq institutions, continue de réunir ses illustres experts. Ses membres se réunissent chaque jeudi, pour discuter de la langue française, avec pour objectif de l’aider à conserver son identité tout en l’adaptant aux nouveaux usages de la société moderne. C’est grâce à ces Académiciens que le Français écrit, à l’inverse de beaucoup d’autres langues écrites à travers le monde, a relativement peu changé au cours des siècles. C’est également grâce à eux qu’il existe une telle différence entre la prononciation des mots français et leur orthographe… Siéger à l’Académie semble être une activité vraiment passionnante, d’abord parce que chaque membre est élu à vie, ce qui explique le surnom qui leur est donné, “les Immortels”. Un autre avantage vient du fait que chaque Immortel dispose de son propre fauteuil pour assister aux réunions. Il faut d'ailleurs remonter à l’an 1672 pour en connaître la raison : à cette époque, un des membres de l’Académie souffrait de la goutte, et, pour atténuer ses douleurs, osa se faire porter dans ces lieux un fauteuil. Mais sa décision provoqua un véritable tollé parmi ses confrères, dont les postérieurs étaient assis de façon beaucoup plus rudimentaire sur des chaises en bois, au point que l’on demanda à Louis XIV en personne d’intervenir. Le Roi trancha, et décida que les Académiciens auraient droit dorénavant à disposer d’un siège confortable pour siéger à l'Institut. | | Alors que les gens de la haute société se querellaient pour un simple siège, la population française continuait de s’appauvrir, et la grogne montait à Paris. Les pensées révolutionnaires commencaient à se répandre dans toute la France, sous l’influence d’intellectuels et d’hommes politiques de tous bords. Des pensées souvent débattues autour d’une table de café. Des figures majeures de la Révolution Française vécurent dans ce quartier. Ils en fréquentèrent assidûment les cafés, pour y partager et propager leurs idées et leurs projets. Dans le charmant passage Saint-André des Arts, l’un des passages les plus pittoresques de Paris, on trouve le Procope, établissement aux nombreuses distinctions, dont celle d’avoir été le premier à vendre du café à Paris en 1686. Sans doute grâce à ce breuvage nouveau et exotique, le Procope s'attira une clientèle de légende : des philosophes comme Diderot et Voltaire, par la suite, des révolutionnaires comme Danton et Desmoulins, et des hommes influents du monde entier, comme Benjamin Franklin, écrivain, philosophe, et premier ambassadeur des Etats-Unis à la cour du roi de France. C’est dans une cour de ce passage Saint-André des Arts que Marat, un autre révolutionnaire, vécut et fit imprimer son journal, "l’Ami du Peuple". C'est à quelques mètres de là que la guillotine fut testée pour la première fois sur des moutons. On appelait souvent "quartier des Cordeliers" cette partie de Saint-Germain-des-Prés, car il s'y tenait régulièrement les réunions du club politique du même nom tenu par Danton, à proximité du couvent des Cordeliers. | | Pendant la Révolution Française, l’église Saint-Germain-des-Prés fut réquisitionnée pour fabriquer de la poudre à canon, et le monastère servit de prison. Mais ces années de tourmente révolutionnaire virent la destruction complète de l’abbaye. Aujourd’hui il ne reste plus que la façade XVIème siècle de l’Evêché, façade visible derrière l’église, dans la paisible rue de l’Abbaye. | | A l’emplacement de l’ancien monastère, on fit construire de nouveaux bâtiments, des appartements, des boutiques, et bien sûr, des cafés. Au XIXème siècle, les intellectuels et écrivains commencèrent à fréquenter assidûment les cafés du quartier, tout particulièrement le long du Boulevard Saint-Germain. En 1881, une étonnante boutique, appelée les Deux Magots, se transforma en un café qui, quelques décennies plus tard, devint le rendez-vous incontournable du gratin littéraire et intellectuel de Paris. Au XIXème siècle, sous l'impulsion de Viollet-le-Duc, l’église Saint-Germain-des-Prés fut restaurée. Aujourd’hui, tout visiteur remarquera que l’intérieur de l’église est magnifiquement repeint, restituant dans une variété de couleurs étonnantes les dessins médiévaux de ses origines. La peinture semble ancienne, et c’est d'ailleurs le cas. Mais cette ancienneté, loin de remonter aux origines millénaires des lieux, date tout au plus de cent cinquante ans. Sur le plan artistique, c’est dans une résidence privée située place de Furstemberg, à deux pas de l’église, que le peintre Eugène Delacroix s’établit. Il résida en ces lieux pendant qu’il peignait une chapelle de l’église Saint Sulpice, située de l’autre côté du boulevard. Cette résidence héberge aujourd'hui le musée Eugène Delacroix. | | En dépit de ces événements historiques majeurs, il fallut attendre le XXème siècle pour que le quartier Saint-Germain-des-Prés connaisse sa véritable apogée. Au tournant du siècle, les cafés du quartier attiraient déjà les grandes célébrités de l’époque. Trois établissements, La Brasserie Lipp, ouverte en 1880, et aujourd’hui rendez-vous incontournable des ténors de la politique française, le café des Deux Magots et le Café de Flore, deux cafés pratiquement accolés l’un à l’autre, et jouxtant la place Saint-Germain-des-Prés, comptaient déjà parmi les plus courus de l'époque. Les célébrités du XIXème siècle finissant comme Verlaine, Rimbaud, Huysmans, ou encore Oscar Wilde (qui mourut dans l'élégant Hôtel des Beaux-Arts tout proche), laissaient place à une nouvelle génération. | | Dans ces cafés et dans bien d’autres du quartier, on assista à des événements artistiques majeurs. C’est au Flore, par exemple, que Guillaume Apollinaire fit se rencontrer les futurs fondateurs du Surréalisme, André Breton et Philippe Soupault. C’est aux terrasses de ces cafés que F. Scott Fitzgerald et Hemingway écrivirent leurs romans, buvèrent à satiété, et contribuèrent à forger le mythe de l’écrivain expatrié menant une vie débridée à Paris. Pendant les années 40, sous l’Occupation allemande, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir élirent domicile dans ce quartier et conçurent ici leur philosophie de l’Existentialisme. D’autres mouvements, comme l’Oulipo, se développèrent dans les cafés et clubs de jazz du quartier. Le jazz ! Des années 1920 à 1960, Saint-Germain-des-Prés était LE lieu privilégié de tous les amateurs de jazz. Cette musique omniprésente dans les rues du quartier, de jour comme de nuit, hantait les esprits de tous les artistes et écrivains, et rythmait les pas des danseurs jusqu’au petit matin. | | Il reste, aujourd’hui encore, quelques-uns des lieux mythiques de l'âge d'or de Saint-Germain-des-Prés. Les touristes peuvent boire un café à la terrasse du Flore ou des Deux Magots, et découvrir l’endroit où Hemingway et d’autres grands écrivains de l'époque prenaient place pour composer leurs chefs-d’œuvre. Les nombreuses galeries d’art et de design des rue de Seine et rue de Mazarine continuent de promouvoir les artistes contemporains les plus prometteurs. Mais ce quartier dynamique et d'avant-garde, qui attire toujours autant de monde dans ses rues, subit depuis quelques années une véritable transformation commerciale que les nostalgiques et les puristes déplorent… Il est vrai qu'aujourd'hui les authentiques librairies du boulevard Saint-Germain et des rues annexes frayent avec de nombreuses maisons de couture réputées et des boutiques de mode. On comprend que cette évolution commerciale, dénuée de toute légitimité historique, soit mal vécue par certains, qui voient poindre le risque d'un affaiblissement de l'identité du quartier. Pour d'autres, cette transformation procède d'une évolution intéressante qui ne peut que renforcer l'attrait des lieux. De fait, une balade à Saint-Germain-des-Prés permet aux promeneurs de marcher dans les pas des grands personnages de l'Histoire et de ceux de grandes figures artistiques, mais aussi de pratiquer une activité oh combien essentielle à Paris, le shopping. | | Une chose est sûre : le quartier reste un lieu particulièrement fréquenté, comme en attestent, aux beaux jours, les terrasses bondées de ses nombreux cafés. Et au milieu de cette joyeuse assemblée, l’église Saint-Germain-des-Prés semble porter sur la vie alentour le regard bienveillant de ses 1500 ans d'existence. | Rédaction Chicline Informations pratiques | Adresse : | Place Saint-Germain-des-Prés | | Quartier : | Saint-Germain-des-Prés | | Code Postal : | 75006 | | Ville : | Paris |  |  | : |
| Saint-Germain-des-Prés | A proximité Consulter > Annuaire de Paris > Visite de Paris > Informations > Paris, Île-de-France > Paris > Quartiers |
 Paris Monumental  Voir diaporamas sur Paris |